A propos de Schizophyllum commune

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A propos de Schizophyllum commune

Messagepar felicien » 08 févr. 2006, 22:18

Texte tiré du Bulletin Suisse de Mycologie 3/2004:

A propos du schizophylle / Un champignon nuisible à répartition mondiale

de H. Clémençon / Traduction F. Brunelli

Tout amateur a probablement déjà rencontré un champignon aussi répandu et aussi facile à reconnaître que le schizophylle commun. On peut l'observer tout au long des saisons et on en trouve une image dans presque chaque livre de mycologie. De plus, pour une fois, son nom scientifique est resté inchangé depuis bientôt deux siècles: dans tous les livres et dans toutes les publications, il est nommé Schizophyllum commune. Et les écrits à son sujet sont loin d'être rares ! En effet, depuis environ 100 ans, le schizophylle est un objet de très nombreuses publications décrivant sa biologie, son écologie, sa physiologie, sa biochimie, sa sexualité, sa génétique, sa cytologie, son anatomie, le développement de ses basidiomes et leur culture en laboratoire, sa position en systématique, en taxonomie et en phylogenèse.

Ce champignon est un objet-modèle de la recherche et des études mycologiques, et, en général, l'un des mieux connus. Cela tient aux faits suivants: il se développe rapidement en culture, où il produit fiablement des basidiomes; les étapes de son développement correspondent au cycle le plus simple, à celui qui est décrit dans presque chaque livre de mycologie; presque 100% de ses spores germent rapidement; il n'est pas exigeant quant au substrat nutritif, se satisfaisant de glucose et de quelques sels minéraux; on lui connaît de nombreux mutatnts conservés dans les mycothèques; désséché, il reste vivant durant des décennies; il cause des dégâts au bois et aux fruits et - qui l'eût cru ? - il se révèle toujours plus fréquemment être un facteur de maladies.
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Messagepar felicien » 08 févr. 2006, 22:56

Texte tiré du Bulletin Suisse de Mycologie 3/2004:

A propos du schizophylle / Un champignon nuisible à répartition mondiale (suite)

de H. Clémençon / Traduction F. Brunelli

Un champignon lignicole - pas si inoffensif !

Dans tous les livres, le schizophylle est déclaré lignicole, et tous les amateurs le connaissent comme tel. Cooke (1961) énumère plus de 350 espèces ligneuses sur lesquelles il a été trouvé. Bien quel le bois soit son substrat normal, il vient aussi sur fruits et sur d'autres produits agricoles, par exemple sur canne à sucre, où il peut causer des dommages considérables; il peut aussi pousser sur des tissus animaux et humains et même parfois y produire des basidiomes; mais de tels cas ne sont en général rapportés que dans des revues médicales, de sorte qu'ils échappent à beaucoup de mycologues. Cooke (1961) rapporte des cas de schizophylles venus sur os de baleine, sur ongles des pieds ("où il causa un inconfort certain") et dans un crachat ("la chose n'est pas étrange, le patient ayant l'habitude de mâcher ledit champignon"). Restrepo & al. ("1970", publié en 1973) ont analysé un abcès venu dans la bouche d'un enfant; ils en isolèrent un champignon, qui se révéla être un schizophylle; cet isolat fut ensuite mis en culture par Watling et Sweeney ("1971", publié en 1974) et identifié comme Schizophyllum commune. On reste rêveur, à la lecture d'un article de Rihs, Padhye et Good (1996), en apprenant que notre schizophylle peut se nicher sur les ongles, dans le nez, dans les poumons ou le cerveau, pouvant conduire des hommes à la mort. Hosoe & al. (1999) ont isolé Schizophyllum dans une mycose pulmonaire humaine; et Kawayama & al. (2003) rapportent sur une pneumonie induite par ce champignon. Les infections semblent devenir plus fréquentes ces derniers temps. La raison en est que le schizophylle semble profiter de déficiences immunitaires et qu'il s'attaque surtout aux patient porteurs d'HIV et aux personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies par des médicaments. Il est donc moins dangereux pour les gens en bonne santé, mais je m'abstiendrai dorénavant de porter du schizophylle en bouche et même d'en humer.

L'intérêt médical ne se limite pas au développement du schizophylle dans des organes humains. Foudin & Calvert (1982) signalent des stérilités et des fausses couches chez des cochons nourris avec une bouillie de sorgho malheureusement infectée par des champignons, qui se révélèrent être des schizophylles; les auteurs supposèrent qu'ils avaient produit des substances toxiques dans la bouillie. En tout cas, lorsque le mil infecté fut remplacé par du sorgho sain, les symptômes disparurent et les laies mirent à nouveau bas des cochonnets en parfaite santé. Hosoe & al. (1999) ont démontré que le schizophylle peut effectivement produire des substances toxiques. Dans le cas de la mycose pulmonaire, évoquée plus haut, ils ont isolé du schizophylle une violente cytotoxine, qu'ils nommèrent schizocommunine. On ne sait pas si les Schizophyllum sauvages produisent aussi cette toxine; mais elle n'est probablement pas un violent poison puisque selon Cooke (1961), le champignon passe pour comestible au Congo, au Pérou, à Assam et en Thaïlande ! On se doit d'ajouter que l'honneur est sauf pour le champignon, car il pourrait aussi avoir des vertus curatives. Ying, Mao, Ma, Zong et Wen (1987) déclarent qu'il peut enrayer la croissance de certaines tumeurs malignes de 70% à 100%. La substance active est un polysaccharide nommé schizophyllane et il peut effectivement avoir une action antitumorale ou immunofavorable (Brochers & al. 1999; Sadler 2003). Au Japon, on produit industriellement, à base de schizophyllane, un médicament contre les tumeurs cérébrales (Zhuang 1998). J'ignore s'il est vraiment médicalement efficace; il l'est, en tout cas, sur le plan commercial.
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Messagepar felicien » 08 févr. 2006, 23:26

Texte tiré du Bulletin Suisse de Mycologie 3/2004:

A propos du schizophylle / Un champignon nuisible à répartition mondiale (suite et fin)

de H. Clémençon / Traduction F. Brunelli

Répartition mondiale du schizophylle

Comme au début du XXème siècle, on a attribué sans vérification des noms européens à beaucoup de champignons extra-européens, je ne me base pas sur les données de répartition non vérifiées de Bresadola (1929, planche 522), mais sur les essais de croisement entre plus de 100 souches provenant de toutes les parties du monde (Raper, Krongelb & Baxter 1958; Raper 1966). L'aspect macroscopique du schizophylle est souvent bien différent chez nous et dans de lointains pays. La première fois que je l'ai vu au Japon, je ne l'ai pas reconnu, et le Professeur Hongo s'en étonna et estima un peu restreintes mes connaissances mycologiques. Peut-être bien, mais les basidiomes étaient beaucoup plus déchirés que chez nous normalement, et leurs couleurs étaient un peu différentes. Mais des récoltes ultérieures m'ont bientôt convaincu: Monsieur Hongo avait raison. Le large spectre de variations morphologiques s'accompagne de non moins larges variations génétiques. James & Vigalys (2001) ont trouvé, seulement pour les Caraïbes, jusqu'à 12 variantes d'un même gène, et on a découvert quelques centaines de variantes pour les gènes de compatibilité sexuelle. Le large éventail de variabilité des caractères macroscopiques engendra autrefois la création "émotionnelle" de 12 autres espèces, déjà reconnues par Cooke en 1961 comme synonymes de Schizophyllum commune. Et, nous l'avons vu plus haut, cette appréciation taxonomique fut confirmée ultérieurement au niveau biologique. Grâce à cette répartition mondiale du schizophylle, on a pu conduire des recherches écologiques avec des souches provenant de régions et de pays divers et, en conséquence, c'est un des très rares champignons dont la connaissance des variations géographiques et écologiques repose sur une base taxonomique fiable. On sait ici que le champignon qui, en Australie, vient sur Eucalyptus est vraiment le même que celui qui, en Europe, vient sur Abies. La question évoquée à propos de maint champignons: "la forme qui vient sur feuillus est-elle une bonne espèce ou simplement une forme de celle qui vient en général sur conifère ?" ne se pose plus pour Schizophyllum commune.


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